Les sœurs nous avaient recommandé
d’aller voir le maire pour trouver un endroit pour la nuit – il habite la
première maison à gauche à l’entrée du village. Malheureusement Monsieur le
maire n’est pas à son domicile et, comme il est seulement quatre heures de
l’après midi, nous profitons pour faire le tour du village pour explorer les
lieux potentiels pour passer la nuit. Un fermier un peu surpris par notre
arrivée dans sa cour nous dit qu’il serait prêt à nous accueillir si on ne
trouvait pas un autre endroit pour les ânes. Plusieurs personnes nous dirigent
vers le Château. Allons-y puisqu’on nous conseille d’y aller. Nous entrons donc
dans un domaine avec un grand parc et un immeuble avec au moins une trentaine
de fenêtres à l’avant. Nous sonnons à la porte et Madame la baronne ouvre la
porte. On nous a conseillé de venir ici pour passer éventuellement la nuit avec
nos ânes. Le non-verbal de Madame la baronne ne me semble pas trop être en
équilibre avec les recommandations des villageois que nous avons croisés, ce
qui se confirme lorsqu’elle nous informe que tout ici est tellement petit et
qu’elle est désolée, mais il n’y a vraiment pas de place.
Dans notre recherche, nous
passons à hauteur d’une autre exploitation agricole où se trouve un monsieur en
train d’arroser les plants de tomates. Interrogé sur le même sujet, il nous
scanne des yeux sous sa casquette et est plutôt sceptique. Tout espoir n’est
cependant pas perdu. Après un certain temps, il fait appel à Marguerite qui
s’avère être son épouse pour lui demander si elle est d’accord pour que les
bourricots chient cette nuit sur leur pelouse. Marguerite que j’identifie avoir
également dépassé l’âge de la retraite s’avère être une de ces âmes au cœur
gros comme ça. Dès le début de notre rencontre, elle s’investit pleinement pour
notre cause et se propose de nous trouver un endroit. Pendant ce temps son mari,
qui a entre-temps fini d’arroser les plants de tomates, a levé un peu son
bouclier critique à notre adresse et fait descendre un seau dans son puit de
dix-huit mètres de profondeur pour remonter de l’eau pour les ânes. Comme
Marguerite ne trouve pas les personnes qu’elle cherchait, elle nous propose de loger
où nous sommes, ce que nous acceptons volontiers. Dans un premier temps, elle
nous montre une petite maison derrière les granges qui s’avère cependant être
inappropriée dans la mesure où les portes n’ont plus été ouvertes depuis un
certain temps et qu’il y règne une humidité flagrante. Nous décidons de nous
installer dans un silo de graines qui est vide en ce moment de l’année – ça
suffit pour poser notre sac de couchage.
Annoux est un village avec des
exploitants de céréales mais l’élevage y fait défaut. Marguerite réussit
néanmoins à trouver un fermier qui dispose de quelques bottes foins pour des
chevaux et il nous en offre une au grand plaisir de Henry et de Basile.
Question cadeau, merci à Margueritte pour ce plat de salade offert qui s’est
bien marié avec le sachet de lyophilisé que nous avons chauffé dans notre cocotte.
Il en est de même pour cette bière que nous avons savourée au moment où
Marguerite a signé notre Crédential. Annoux qui comptait il y a cent années
encore presque trois cents personnes, en compte aujourd’hui quatre-vingts et la
moyenne d’âge est de soixante-neuf ans. Son mari, qui depuis notre arrivée a pu
se rendre compte que nous sommes effectivement des pèlerins et pas de ces gars
qui il y a une quinzaine de jours ont cambriolé certaines maisons dans les
alentours, est devenu très bavard et nous nous sommes trouvés comme d’habitudes
avec des gens qui pour le moment d’un passage furtif trouvent du plaisir à
faire connaissance.
Nous avions promis de nettoyer
tout avant notre départ et l’endroit pour déposer les crottes avait également
été identifié. Par pure précaution, nous faisons également rentrer les ânes
dans le silo qui pendant la nuit ne poseront pas de problèmes, y compris Basile
attaché, puisqu’ils ont de quoi pour se remplir l’estomac. Cette décision s’est
avérée très intelligente puisqu’à dater d’un certain moment de la nuit il a plu
jusqu’au petit matin.