Il est dix heures et
quart quand je tends la main à Daniel devant la basilique Marie-Madeleine pour
le remercier pour ce joli périple. Au plus profond de moi avec une larme de
joie dans les yeux, j’éprouve une grande satisfaction et remercie saint Jacques
de nous avoir épargné un quelconque pépin. Merci à toi aussi, Henry mon fidèle
compagnon aux longues oreilles pour tous tes services et le plaisir de passer
ce merveilleux temps avec toi.
Il tombe sous le
sens que nous ne pouvons pas rentrer dans la bsilique
avec les ânes – quoi que. Ce sera pour plus tard dans la journée. Pour
l’instant nous sommes à la recherche du tampon officiel pour notre Crédential attestant notre passage à Vézelay.
Devant le parvis de
la basilique et plus tard dans la ville, inutile de préciser que nos bourricots
sont les stars du jour. Photo par-ci – photo par-là, un petit câlin, de
l’admiration et de l’étonnement, des questions sans fins et ainsi de suite.
C’est ainsi que nous descendons la rue Saint-Etienne et croisons des touristes
d’un jour qui montent trop vite cette rue et la couleur de leurs visages en est
témoin. Sur la place du champ de Foire, nous nous offrons une bière pour fêter
notre arrivée et sommes assez tranquilles jusqu’au moment où un bus s’arrête à
quelques mètres devant nous et un groupe de japonais en descend. Je suis encore
toujours étonné qu’on nous ait demandé l’autorisation de photographier les ânes
– pour la suite je laisse à votre propre imagination le nombre de prises qui
ont éternisé Henry et Basile.
Après cette pause
photos, nous remontons doucement la rue Sainte-Etienne
et rencontrons devant le parvis de la bailique un
surveillant qui nous offre son pied-à-terre dans la commune pour abriter
pendant une heure nos bagages et permettre ainsi aux ânes de nous accompagner sans
leur charge sur le dos.
Comme nous avons
rendez-vous en début d’après midi avec René et l’épouse de Daniel qui ont bien
voulu accepter de venir nous prendre avec la bétaillère à Asquins
nous ne restons plus trop longtemps puisqu’il est prévu de revenir plus tard
une fois que nous aurons déposé les ânes dans un pré appartenant à l’hôtel où
nous passerons la nuit avant de rentrer demain.
Juste avant de
redescendre à Asquins nous rencontrons quand même des
confrères et consoeurs en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
Un couple de Hollandais – vous devinez certainement qu’ils ne sont pas venus ni
à pied ni avec des ânes – bien entendu, à vélo. Partis le même jour que nous,
ils ont à leur actif sept cent quatre-vingts kilomètres. Une femme toute seule
a fait cent quarante kilomètres avec un sac à dos plutôt bien chargé. Comme
nous, son périple de cette année s’arrête ici à Vézelay. Buen
Camino.
Sans âne, ni bâton
du pèlerin à la main, nous sommes revenus plus tard dans l’après-midi et je
trouve le temps pour visiter la basilique dans laquelle un point de vente en
train d’être fermé à l’entrée. La basilique dont les origines remontent au IXe
siècle est un chef-d’œuvre de l’art roman avec une longueur de cent vingt et
une nefs d’une hauteur de dix-huit mètres.
Il est dix-sept
heures trente et les Vêpres viennent de commencer. La seule charge à porter est
mon appareil photographique et, comme pas mal de touristes, je flâne un peu
dans l’édifice jusqu’au moment où je décide de m’asseoir sur une des chaises. J’ai
pu alors laisser passer en revue tous ces moments de joie, de partage, de rêve,
de fatigue et de doute de ce périple avec en arrière-fond ces merveilleuses
voies des Fraternités monastiques de Jérusalem qui assument la charge de
l’animation spirituelle de la basilique. Avec toute la richesse du vocabulaire à
mon actif, il est très difficile de décrire un tel moment et je ne peux que souhaiter
à chacun de pouvoir faire une telle expérience un jour.
Instinctivement, je
cherche dans mon pantalon mon enregistreur sur lequel j’ai dicté les passages
clefs du périple pour pouvoir m’en servir au moment de l’écriture de mon récit
afin de pouvoir enregistrer une partie de ces Vêpres. Malheureusement, je
l’avais laissé dans la chambre d’hôtel – malheureusement pour cet instant et
heureusement après coup puisqu’il serait probablement très très
difficile de se remettre dans la même ambiance en réécoutant l’enregistrement
un jour.
J’ai encore passé
un bon quart d’heure sur place, rien que pour savourer – carpe diem.