Le
lendemain samedi, nous partons à dix heures, un peu plus tard que prévu, mais
en ligne avec les petits problèmes d’usage du premier jour – question
d’arranger au mieux les affaires dans les sacoches et surtout de bien les
équilibrer. Le soleil est revenu et nous quittons Champlémy sur la D977, prenons à droite et nous engageons sur la C5
en direction de Thouez. Notre première rencontre est celle avec trois hommes
qui sont en train de couper du bois et l’un d’entre eux appelle un autre pour
lui présenter son cousin à quatre pattes. Nous avons l’habitude de ces petites
blagues qui ne font pas mal. Plus tard nous rencontrerons une autre personne
qui n’a pas la même façon de voir les choses pour charger un âne.
Thouez
est un petit village dans lequel on voit pas mal de puits et surtout des
maisons bien entretenues, de sorte qu’on peut jusqu’à preuve du contraire en
conclure que quelques-unes servent de seconde résidence. Qu’un quad peut être
une merveilleuse machine de travail dans des terrains accidentés, je ne peux
que le souligner. J’étais néanmoins surpris de croiser un monsieur d’une
certaine taille, inversement proportionnel en hauteur par rapport au volume,
conduire un quad dans un enclos derrière un petit mur, la main gauche sur
l’embrayage droit et tenant dans sa main droite un pulvérisateur pour lutter
contre les mauvaises herbes.
A
fin d’éviter de nous perdre dans la forêt de Charnouveau comme nous l’ont
conseillé les locaux, nous prenons un chemin rural qui longe les lieux dits
« Les grands Genièvres» et «Le Groitier ». Dès les premiers pas sur
ce chemin, nous récoltons les fruits des pluies des jours précédents dans la
mesure où la glaise s’accumule peu à peu sous nos chaussures.
Près
de Rosay, nous accédons sur la D140 en direction de Saint-Bonnot. A l’entrée du
village, nous quittons la D140 pour rejoindre la D540 et découvrons un très
beau village. Comme midi approche nous décidons de faire une petite pause de
quelques minutes près de l’église dédiée à Notre-Dame-de-l’Assomption. La
centaine d’habitants de Saint-Bonnot - qui au 12e siècle se serait
appelé Saint-Bonnet - s’élève de nouveau au niveau du début des années soixante
du dernier siècle après avoir chuté d’environ trente pourcents dans les années
quatre-vingt-dix. Je suis un peu étonné de trouver la porte de l’église ouverte
et apprend plus tard qu’une multitude de travaux ont récemment été faits à cet
édifice dont notamment la réfection de la toiture, de la tourelle, de l’horloge
ainsi que du tableau de la Vierge et de l’enfant. Nous quittons Saint-Bonnot
sur la D115 et décidons de casser la croûte une fois arrivé à Prémery d’ici une
bonne heure. Ce trajet est marqué part un chemin assez peu fréquenté avec un dénivelé
sans problème. Contrairement à d’autres trajets du même genre sur lesquels nous
n’avons vu aucune bâtisse, celui que nous sommes en train d’emprunter est semé
de petites agglomérations.
Finalement
nous avons mis un peu plus de temps que prévu pour parcourir les bois
« Les Usages de Saint-Bonnot » et « Les grands Usages de
Giry » à proximité de Prémery. A l’entrée du village, je reste près des
ânes alors que Daniel part un peu en scout pour explorer le terrain et voir
s’il y a un endroit pour nous asseoir et surtout laisser brouter les ânes. Les
deux côtés du chemin des prédites forêts étaient en effet bordés de fougère et
il est hautement recommandé de ne pas y laisser les ânes satisfaire leur faim
au risque d’attraper quelques problèmes de santé.
Au
retour, Daniel a repéré un banc en pierre avec un peu de verdure. Dès notre
arrivée un couple de retraités nous offre aussitôt deux seaux avec de l’eau
pour Henry et Basile. La dame nous informe nous avoir déjà vu venir avec nos
chers compagnons. Cette halte fait du bien mais le plus dur sera de se relever
de nouveau, bâter les ânes et continuer notre route.
Un
coup d’œil sur la carte nous indique qu’il reste quelque six kilomètres à faire
pour rejoindre le prochain village. Comme il est déjà plus de quinze heures,
nous décidons de nous arrêter à Prémery pour passer la nuit, et comme le hasard
fait parfois bien les choses, il se trouve que nous sommes à quelque deux cents
mètres du camping municipal. Comme les
congés sont en train de se terminer, la fréquentation sur le camping est très
réduite sauf quelques retraités français, belges, néerlandais et anglais – avec
en supplément nous et nos ânes. Une fois de plus nous devons constater la
différence entre un camping géré par un organisme public et un privé. Si
l’accueil au camping de la Forge de Sainte Marie exploité par un couple
néerlandais-anglais a été bras ouverts, nous revoilà plongé dans un
environnement du strict minimum avec une attitude « Hé ne m’en demande
pas trop ». Déjà pour savoir si on peut y loger avec un âne, il a fallu
plusieurs coups de fil pour trouver quelqu’un qui prend la responsabilité de
l’accueil. A la question s’il y a moyen de louer un des chalets pour la nuit,
on nous répond que cela ne peut se faire que sur la semaine et avec une
réservation préalable. A voir les volets clos d’une dizaine de chalets, je me
dis qu’en tant qu’exploitant je n’aurai pas hésité à louer un chalet pour une
nuit au prix fort, question d’avoir l’argent à mon actif en lieu et place des
sept euros que nous réglons pour camper « tout au fond à gauche ».
Une
fois les ânes débâtés, les tentes montées nous allons nous promener un peu dans
Prémery avec ses quelque deux mille habitants où nous découvrons l’ancienne
usine chimique Lambiotte. Il est prévu de faire disparaître les édifices d’ici
2012 et je suis un peu consterné d’apprendre que ce site qui, jusqu’en 2004,
occupait environ sept cent personnes, dispose des friches industrielles qui
comptent parmi les plus dangereuses de France. Pour retourner au camping, nous
passons près du château qui date du 14e siècle au sujet duquel je ne
n’ai pas trouvé d’autres informations.