Daniel
et moi-même sommes propriétaires de chiens que chacun de nous ou un membre de
notre famille conduit régulièrement à la laisse, question de les occuper et leur
permettre de faire leurs besoins et les occuper un petit peu, ils courent dans
nos propriétés respectives. Il tombe dès lors sous le sens que nous avons été
un peu choqués à la vue de cette maison avec, dans son jardin, un petit enclos regroupant
une douzaine de chiens dont certains à la chaîne qui crient tout le temps et où
l’un charge l’autre.
Je
ne sais pas si Basile a été fortement impressionné par ce cheptel de chiens
mais il est actuellement un peu à la traîne. Au lieu d’être à l’avance tout le
temps, sauf dans les passages difficiles où il cède volontiers le passage à
Henry, il marche à l’arrière à une vitesse qui d’habitude n’est pas la sienne.
A force de m’en rendre compte, je réalise qu’il l’a déjà fait hier
partiellement lors de notre route à travers la forêt pour rejoindre Prémery.
Vers
midi nous arrivons à Pourcelange. Compte tenu du petit retard accumulé le
matin, nous décidons de contourner le village et de continuer jusqu’à Nolay où
nous voulons casser la croûte.
Nolay
est un petit village aux origines gallo-romaines situé au pied de la Renèvre.
Près du lavoir, nous quittons la D148 pour monter près de l’église dédiée à
Saint Pierre qui date du XVIe siècle. Comme il fallait s’y attendre.
elle est fermée à clef. En montant vers l’église, nous
nous rendons compte que Basile a visiblement bien plus de problèmes qu’on ne
l’avait estimé – il est en permanence à la traîne. Une fois débâtés, nos deux
compagnons se mettent aussitôt à brouter alors que de notre côté nous cherchons
une place pour nous asseoir.
Une
fois de plus, nous regrettons de ne pas pouvoir jeter un coup d’œil dans
l’église, ceci d’autant plus que celle devant laquelle nous nous trouvons est
l’objet d’un pèlerinage annuel le lundi de Pentecôte.
Au
moment où nous nous apprêtons à reprendre la route, arrive une voiture
immatriculée au Pays-Bas avec un porte-vélo, quoi d’autre. La conductrice n’a
probablement pas remarqué que la montée près de l’église est un peu plus
abrupte qu’elle n’en a l’air et le bruit provoqué par le contact de l’avant du
véhicule avec le terrain laisse douter qu’il pourrait avoir des suites pour une
bonne continuation. Visiblement peu impressionnées par ce bruit, deux femmes
sortent du véhicule et se dirigent vers nous pour nous demander si nous sommes
sur la route de Saint-Jacques – affirmatif. Elles nous informent que leurs
maris sont en train de faire la même chose – « met de fietsen » –
alors qu’elles les suivent d’étape à étape avec la voiture.
Pour
la suite nous avions prévu de passer par Prunevaux. Comme le dénivelé à vue
d’œil nous semble plus prononcé que ne laissait prévoir la carte, nous optons
pour reprendre la D148 en direction de Nyon. Traditionnellement, les ânes
marchent en début d’après-midi un peu plus lentement et nous mettons quelque
temps pour rejoindre le carrefour de la Croix-Blanche au croisement Nyon –
Saint-Sulpice. Comme le trafic sur la D148 est néanmoins plus intense que nous ne l’avions imaginé, nous décidons de ne
pas continuer par Nyon en direction de Ourouër et quittons la D148 pour
rejoindre la D104 en direction de Saint-Sulpice, sur laquelle le passage de
voitures se fait de nouveau au rythme d’une voiture tous les quart d’heure.
Après
quelques centaines de mètres du croisement, nous nous arrêtons pour boire un
peu d’eau et laisser brouter les ânes. Henry en profite immédiatement alors que
Basile reste sur place à mi-chemin entre la route et le fossé qui le longe.
Quand celui-ci commence à baisser la tête et écarte les jambes en forme d’un
grand V à l’envers, vous aurez compris que j’ai commencé à me faire du souci.
Impossible de le faire bouger dans quelque direction que ce soit. Après une
demi-heure, il accepte de bouffer un des ses biscuits préférés mais l’apétit
n’y est pas. Son estomac fait en plus des bruits qui laissent supposer des
problèmes d’estomac et nous décidons de le laisser ainsi, si cela lui fait du
bien. Après une autre demie heure sur place, il accepte une main d’herbe
fraîche et commence à brouter, ce qui est quand même un bon signe. Dès lors,
nous avançons au rythme du désherbage de Basile, c.-à-d. à peine un mètre par
trente minutes. Depuis notre arrêt, le système digestif de Basile est plus
qu’actif et il a crotté au moins cinq fois et chaque jetée se rapproche de
l’état normal d’une telle décharge naturelle.
Il
est entretemps cinq heures et demie de l’après midi et Basile continue à
brouter alors que Henry en a tout doucement marre – il veut continuer. A ce
moment, arrive un couple qui se promène et nous échangeons quelques mots avant
qu’ils ne continuent leur route. Pour faire avancer Basile, nous optons pour la
ruse et je continue ma route avec Henry jusqu’à un point où Basile ne nous voit
plus. Soudainement, monsieur se met en route mais avance à peine quelques
centaines de mètres avant de s’arrêter de nouveau. Nous voilà à mi chemin entre
Nyon et Saint-Sulpice avec un âne qui ne demande qu’à avancer et un autre qui a
visiblement des problèmes – au pire on devra camper au clair de lune. A ce
moment, réapparaît ce couple qui nous avait déjà croisés et nous échangeons
quelques mots sur ce qui nous arrive. Pierre et Jocelyne s’avèrent être des
bénévoles prêts à nous donner un coup de main et l’un d’entre eux possède en
plus un pré à Saint-Sulpice. Hélas, nous n’y sommes pas encore. Alors qu’on
essaye de faire une fois de plus la même ruse et que Henry continue la route
avec moi, Pierre et Jocelyne, Basile à l’arrière avec Daniel n’avance qu’au
compte-goûtes. Pierre et Jocelyne continuent leur route vers Saint-Sulpice et
me proposent de se renseigner où et comment nous pourrions loger les ânes pour
la nuit et nous accueillir. Ils me promettent de repasser sur la route pour
nous tenir au courant au moment de rentrer. Henry a entretemps réalisé que
Basile n’est pas dans le coin et décide de faire route arrière à un rythme que
je ne lui connaissais pas. Arrivé à hauteur de Basile, il frotte sa tête contre
la sienne comme pour se renseigner sur son état.
Après
avoir examiné la situation avec Daniel, nous décidons de débâter sur place et
essayer de récupérer le van, afin de pouvoir conduire Basile, en compagnie de
Henry bien entendu, au moins jusqu’à la ferme la plus proche avant qu’il ne
décide de s’asseoir ou que son état ne le lui impose. Peu de temps après
arrivent Pierre et Jocelyne en voiture et nous les informons de notre décision.
Sans hésiter ils nous proposent de conduire Daniel à Champlémy pour aller
récupérer le van.
Il
est presque huit heures quand Daniel arrive avec la bétaillère et par ailleurs
le jour commence à tomber. L’état de Basile ne s’est pas amélioré – il monte
néanmoins dans la bétaillère sans problème. Le peu de foin qui nous reste dans
un sac est probablement juste ce qu’il lui faut parce qu’il s’y met tout de
suite.
Pour
éviter de devoir, à la nuit tombante, expliquer à un cultivateur qu’on ne connaît
pas qu’on est en train d’amener dans sa ferme un animal qui a un problème de
santé et le convaincre à nous accepter pour la nuit voire plus longtemps, nous
décidons que la raison nous dicte de terminer notre Camino 2010 à cet endroit pour la santé de Basile et retournons à domicile.
Basile a mis encore quelques jours pour récupérer complètement d’avoir mangé
quelque chose dont il devrait se souvenir. Compte tenu du fait que le temps à
notre disposition était de sept jours au départ, nous aurions ainsi passé plus
ou moins trois journées sur les cinq restantes au même endroit. En conclusion
j’estime que la décision du retour était justifiée mais difficile à gérer.
Je
dédie le récit de cette journée spécialement à Pierre et Jocelyne, ces deux
bénévoles de la région de Nevers qui avec leur grand cœur nous ont aidés dans
une situation délicate du Camino. Le Camino est certes semé d’épreuves
pareilles que chacun jugera de surmonter à sa façon non sans l’aide de
personnes aux qualités de Pierre et Jocelyne.