BOUZAIS
–LOYE-SUR-ARNON
Vendredi, 3 juin 2011
Jour 5
14 km
Congé
oblige, nous voilà déjà arrivés au dernier jour de notre périple de cette
année.
A
six heures du matin, les premiers se lèvent pour préparer leur départ et
prendre le petit déjeuner dans un calme qui respecte le sommeil des autres,
entre autres le mien puisque je souffre un petit peu des ronfleurs.
Je
me lève quand Jean-Pierre et ses compagnons quittent Bouzais.
Nous nous souhaitons une bonne continuation et convenons de rester en contact
par mail. Comme tous les matins, avant de prendre une douche et manger quelque
chose, je vais voir les ânes qui viennent de suite près de la clôture me
signalant qu’ils se portent bien et qu’ils sont prêts pour une nouvelle
aventure. Gerd part un peu avant nous, chargé comme un explorateur – un sac à
dos bien rempli et une ceinture autour de la taille avec un équipement de pro.
Contrairement à beaucoup de personnes qui achètent
rien que pour le plaisir, l’équipement de Gerd a déjà servi dans maintes
expéditions, dont il nous avait raconté des détails la veille. Gréta ne voit pas d’inconvénient à venir me chercher dans
le courant de la journée, une fois qu’elle aura fait des provisions puisqu’il y
a d’autres pèlerins qui se sont annoncés pour la soirée.
Nous
quittons Bouzais par « Les Maisons Rouges »,
devant la maison de la dame qui nous a gracieusement mis le pré à disposition,
et montrons au passage qui y a logé la nuit. La journée s’annonce chaude et le
soleil est au rendez-vous sans un seul nuage.
En
montant la pente, Marc et moi faisons un petit bilan de notre périple et
constatons que nous nous sommes bien tirés d’affaire, alors que nous n’avons jamais
marché ensemble au préalable plus de trois heures. Marc n’a pas eu de problèmes
avec la distance, ce qu’il redoutait un petit peu avant de partir. Nous avons
rencontré des gens merveilleux à commencer par l’adjoint au maire de Cuffy, Jacques le châtelain, les Néerlandais à Augy, Jan le pèlerin néerlandais, le couple allemand avec
leur Saab noire, madame Mativan, Rebekka de Brême,
Gerd le banquier allemand, les trois pèlerins français, le Belge et Gréta sans pour autant énumérer les autres personnes avec
lesquelles nous avons échangé quelques paroles au passage ou qui nous sont
venues en aide. Voilà une autre petite histoire que chante le Camino dans son fleuve éternel et je suis reconnaissant de
pouvoir en faire partie. N’oublions quand-même pas Henry et Basile mes ânes globe-trotteurs et fidèles compagnons – surtout Basile au
sujet duquel je m’étais fais un peu de souci, eu égard à ce qui nous était
arrivé l’année passée.
Quand
nous arrivons à hauteur du pont qui passe au dessus de la A71, je demande à
Marc de tenir par précaution Basile un peu plus par la laisse, me rappelant
l’accélération que les ânes avaient faite lors de notre début du Camino en franchissant par un pont similaire dans la région
de Metz. Le bruit des voitures les avaient irrités et incités à accélérer.
C’est ainsi que je me rends compte comment l’esprit humain est domestiqué par
des informations qui sont stockées en nous à notre insu – alors que je partais avec
prudence, je suis agréablement surpris par le rythme de Basile, avançant comme
un mannequin sur un podium, mais surtout par l’intérêt que Henry porte à ces
monstres qui avancent avec un multiple de chevaux sous ses pieds. Ils ont
appris à faire la différence entre un danger et ce qui ne cause pas de
problème. Très bien mes amis.
Comme
il fait de plus en plus chaud, nous ne nous arrêtons pas près de « Les
Judas », « La Grande Touratte » ni non
plus « La Chapelle ». Sauf devant une ferme où je ne pouvais me
priver de prendre une photo. Un wagon de chemin de fer a retenu mon attention
et, comme c’est le dernier jour de notre périple deux mille onze, je ne vois
pas d’inconvénient à tomber dans une déformation professionnelle et voir le RISQUE.
En effet, le wagon dont question qui sert à recevoir d’après ce que j’estime,
soit des graines soit de l’engrais ne se trouve pas au sol mais est monté sur
des poutrelles en fer de manière à ce qu’un tracteur avec remorque puisse
passer en dessous. Et c’est justement là où je ne m’y aventurerais jamais
puisque je tiens à vivre encore longtemps. Les poutrelles sont montées en U
renversé, un U à l’avant – l’autre à l’arrière, en l’absence de toutes
traverses de sécurité assurant à l’ensemble un minimum de stabilité. Comme la
construction ne semble pas dater de ces derniers jours, je souhaite à ses
exploitants qu’elle continue à servir encore longtemps.
A
Arcomps, nous faisons une petite pause en face de
l’église Saint-Georges qui est malheureusement fermée. Signe qui ne trompe pas,
sur la place en face de la mairie se trouve une charrette devant laquelle est
monté un âne sous forme d’un tube luminescent. Eh oui, nous sommes dans la
région de Berry dont l’âne qui porte son nom a fait la renommé du coin.
Malheureusement le Camino passe un peu plus au sud.
Un habitant du village vient nous rejoindre et nous discutons un petit peu
avant de reprendre la route, quand soudain passe la Saab noire. Le chauffeur
était visiblement trop concentré sur la route et nous trop loin du carrefour
pour souhaiter la bienvenue au passage au couple de pèlerins allemand.
Il
est presque midi et il me semble que nous vivons le jour le plus chaud de notre
périple. La chaleur combinée avec l’heure de midi et cinq jours dans les jambes
commencent à user un peu le rythme de croisière normale des ânes. Si on ne
s’arrêtait pas aujourd’hui, il aurait fallu prévoir une pause d’au moins une
demi-journée pour les ânes et les pèlerins dès le soir. C’est ainsi que nous
progressons lentement et arrivons vers treize heures à Loye-sur-Arnon où se trouve également un gîte du Camino.
Sur
Loye-sur-Arnon, je n’ai pas
trouvé grand-chose si ce n’est que récemment une rue appelée rue des Juifs,
dans laquelle ont habité à l’époque médiévale des commerçants juifs, a été
renommée « Impasse des Pèlerins ». Le motif de ce changement de nom
semble poser des problèmes.
Devant
l’église Saint-Martin, nous terminons le périple de cette année et j’attends Gréta pour me ramener, vers la voiture à Bouzais. Ce sera ma dernière expérience avec un chauffeur
minute. Gréta roule à petite vitesse et arrivée à
plus ou moins cent mètres du gîte, elle coupe le moteur. Machinalement, je
pousse mon pied dans la tôle de la voiture oubliant qu’il n’y a pas de frein
sous mon pied alors que le mur de la maison voisine s’agrandit à une vitesse
dangereuse. Pour finir, sa voiture s’arrête à quelques centimètres de la façade
de la maison. Notre aventure se clôt ainsi par une petite frayeur, qui ne
s’oublie pas.
Merci
Marc de m’avoir accompagné et aux ânes d’avoir été de nouveau au rendez-vous.